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24 aout 2009 – le monde – un article de Henri Weber, intitulé « Socialisme : la troisième refondation ».

septembre 11, 2009

Docteur en philosophie et en science politique, Henri Weber, né en 1944, a été un des fondateurs de la Ligue communiste révolutionnaire. Entré au parti socialiste, il a été membre de divers cabinets, puis au sein du Secrétariat du parti, chargé notamment des questions de formation. Il est aujourd’hui député européen. Il est connu, entre autres, pour son esprit ouvert et tolérant. Dans l’article que nous présentons et commentons ci-dessous, il étudie une question dont on ne discute pas encore assez au sein des gauches européennes : comment concilier l’idéal de la social-démocratie avec les contraintes tant de la construction européenne que de la mondialisation.

Comme nous l’avons fait pour les commentaires d’articles précédents, nous présentons ci-dessous,  assortis de nos commentaires en italique (http://automatesintelligent.blog.lemonde.fr/  ; j’ai raccourcis les commentaires),  un article de Henri Weber, intitulé « Socialisme : la troisième refondation ».

L’original de l’article a été publié par Le Monde du 24 août 2009.

Henri Weber (HW). : Les  partis socialistes européens ont déjà connu deux refondations dans leur longue et tumultueuse histoire. La première a eu lieu dans les années 1920. En réaction à la révolution bolchevique de 1917, dont ils perçoivent les premiers la dynamique totalitaire, les principaux leaders de ces partis intègrent à leur doctrine l’apport du libéralisme politique : ils refusent de sacrifier la liberté à l’égalité, rejettent le recours à la violence comme moyen de conquérir et d’exercer le pouvoir, adhèrent aux principes de l’Etat de droit et de la démocratie parlementaire. Ils cessent d’être des partis révolutionnaires et s’assument comme grands partis démocratiques de réforme sociale. Ceux qui – majoritaires en France – refusent ce premier aggiornamento quittent “la vieille maison” pour bâtir l’Internationale communiste.

La seconde refondation survient dans les années 1950-1960. Elle est symbolisée par le “Bad-Godesberg” du SPD allemand, mais ses prémices se trouvent dans les innovations de la social-démocratie scandinave d’avant guerre. Les socialistes rompent avec le dogme marxiste de la collectivisation des moyens de production et d’échange. Ils affirment que sous certaines conditions – une démocratie politique avancée, un salariat fortement organisé… – les forces du marché peuvent agir au service du progrès social.

——-mon commentaire en vert:

1920

1920+40ans->1960 contrairement à la séparation communiste/socialiste, cette refondation d’il y a 40ans les socialistes resteront « ensembles » avec une aile gauche (i.e. Emmanuelli) et une aile droite…

1920+40+40ans-> 2000-2010  ??? que mettre en face de l’extrêmisme de ‘internationale capitaliste et la montée en puissance des firmes dont le CA dépasse le PIB de certais pays??

——–

Ils se prononcent pour une économie de libre entreprise, régulée par l’action de l’Etat et des partenaires sociaux ; une économie mixte combinant un secteur privé marchand, un secteur public puissant et diversifié, un secteur d’économie sociale. Ils édifient partout l’Etat-providence, qui garantit les salariés contre tous les risques sociaux ; mettent en oeuvre des politiques keynésiennes de soutien à la consommation et à l’investissement ; développent et diversifient les services publics. Ils accroissent la redistribution des revenus au moyen d’une fiscalité souvent jugée “confiscatoire”… Ils deviennent des grands partis populaires de gouvernement, procédant aux réformes au moyen de la loi et des appareils d’Etat.

J.P. Baquiast, pour Europe-Solidaire (JPB) : Quand aujourd’hui on regarde l’état du monde, on ne peut qu’admirer l’audace et finalement les réussites de ce modèle.  Pour beaucoup de pays hors d’Europe, qui n’eurent jamais la possibilité ou la volonté d’y parvenir, cette social-démocratie  reste encore un modèle et un idéal. La France en fut dès la Résistance puis la 4e République une bonne illustration. Le Gaullisme en a dans l’ensemble préservé les grandes lignes.
Il faut ajouter qu’en France, contrairement à d’autres social-démocraties européennes, dès la fin de la guerre, le pays s’est engagé dans d’ambitieuses politiques de grands équipements et grands travaux impulsés par ses élites techniciennes et administratives. Charles de Gaulle les a repris et amplifié, en leur donnant une dimension militaire qui manquait à la crédibilité de la politique de puissance ainsi mises en œuvre. Dans l’ensemble, la gauche (SFIO et PC) a soutenu ces ambitions.

H.W. : Quatre évolutions majeures sont survenues au cours des dernières décennies, qui ont rendu obsolètes les politiques, les méthodes d’action, les formes d’organisation de cette social-démocratie du deuxième âge et ont précipité sa crise : le capitalisme s’est mondialisé et financiarisé, le réchauffement climatique s’est accéléré et approche d’un seuil critique ; la société s’est fragmentée, sous l’impact d’une individualisation désormais désagrégatrice ; la “démocratie d’opinion” l’a emporté sur la “démocratie de représentation”.

JPB : Le résumé est rapide, mais peut être conservé. J’ajouterais un point essentiel, que j’avais personnellement développé dans mon livre « L’Europe et le vide de puissance ». Il s’agit du poids de l’Amérique, relayé à tous les niveaux des organisations de gauche et de droite en Europe, sous le nom d’atlantisme.

H.W. : Ces mutations exigent une troisième refondation de la social-démocratie en même temps qu’elles en indiquent le contenu. Face à la mondialisation des marchés et des entreprises, les partis socialistes doivent agir eux-mêmes comme une force internationale (et d’abord européenne), capable d’élaborer et de conduire une stratégie politique transnationale. Ils doivent inventer un nouvel internationalisme, car aucun des grands défis auxquels l’humanité est confrontée n’a désormais de solution nationale. L’indispensable réponse socialiste à la crise économique, écologique, morale du capitalisme, en particulier, ne peut être mise en oeuvre qu’au niveau européen et mondial.

JPB. : Beaucoup de citoyens européens en sont persuadés intuitivement. Mais il ne suffit pas de l’affirmer. Il faudrait entrer dans le détail des politiques économiques et des solutions administratives permettant de les mettre en œuvre …  sans oublier les volets essentiels de ces politiques que sont les programmes de recherche scientifique et technique.

HW. : Or les partis socialistes sont devenus, au fil du temps, des partis essentiellement nationaux, défendant envers et contre tous des intérêts d’abord nationaux. Ils ont pratiqué en Europe des stratégies non coopératives, qui ont affaibli la construction de l’Union européenne et ont finalement échoué. Ces politiques du chacun pour soi rendent les PS impuissants face au capitalisme financier mondialisé. L’adoption d’un programme social européen du PSE en décembre 2006 à Porto ; celle du “Manifesto” en décembre 2008, à Madrid, à l’occasion des élections européennes, sont des premiers pas – bien timides ! – pour mettre le socialisme au diapason de la mondialisation. D’autres doivent suivre.

Sur les 40ans depuis les années soixantes l’effort de tenir aile droite et ail gauche du socialisme l’a épuisé . En ajoutant l’effort de maintenir les socialismes de chaque pays  « ensemble », la cohésion de facade se fissure. Ce n’est pas des pas timides c’est la fin d’un cycle. Grande est la tentation d’un centrisme où l’égalité et la solidarité sont sacrifiées sur l’autel de la liberté extrême du « i can’t get enough ».

HW. : Face à l’urgence écologique, les partis socialistes doivent réussir la synthèse entre la doctrine social-démocrate et l’apport de l’écologie politique, comme ils ont su réaliser, au XXe siècle, la synthèse entre le socialisme réformiste et le libéralisme politique et culturel. Ils doivent devenir des partis éco-socialistes, intégrant la défense de l’écosysteme et de la qualité de la vie dans toutes les parties de leur programme.

JPB. : voir pôle écologique du PS français :  http://www.monpoleecologique.fr/lamotion

HW. : Les partis socialistes doivent enfin s’adapter aux nouvelles règles du jeu que leur impose le nouvel âge de la démocratie dans lequel nous sommes entrés : dans cette démocratie médiatique et sondagière, mais aussi individualiste et sceptique, la communication est partie intégrante de l’action, le rôle du leader est devenu primordial, les électeurs votent autant pour un programme que pour la personne qui l’incarne. C’est encore plus vrai en France, où la “démocratie d’opinion” est de surcroît une monarchie présidentielle.

la personnalisation est sans doute un effet de mode car dans les contestations étudiantes du printemps 2009, on peut constater une volonté de mouvement sans leader.

Les partis socialistes doivent se doter de procédures permettant l’émergence de leaders modernes, définis autant par leur compétence que par leur rapport à l’opinion publique. Ils doivent se donner les moyens de maîtriser leur communication, au lieu d’être le jouet des médias ; exploiter les ressources d’Internet, sans céder à l’illusion que cliquer, c’est agir ; renouer leurs liens avec les syndicats, les associations, les intellectuels ; associer leurs sympathisants et leurs électeurs à l’élaboration de leurs propositions et au choix de leur candidat.

La social-démocratie européenne réussira-t-elle sa troisième refondation ? Toute son histoire témoigne de son aptitude à s’adapter aux nouvelles conditions historiques de son action, dans la fidélité à ses valeurs et à ses bases sociales. On ne voit pas pourquoi il en irait autrement aujourd’hui. D’autant que les solutions à la crise économique et écologique du capitalisme ne sont ni néolibérales ni d’extrême gauche mais social-démocrates.
Depuis dix ans, tous les partis socialistes européens sont à la recherche de nouvelles voies. L’échec de la “troisième voie” blairiste ne décourage pas, mais réoriente leurs efforts. Je crois qu’une fois encore ceux-ci seront couronnés de succès. “Je le crois parce que je l’espère”, comme disait Léon Blum.


26 aout 2009; Pascal Lamy, « socialiste », directeur général de l’Organisation Mondiale du Commerce

août 27, 2009

Le 26 août, Le Monde diffuse une interview de Pascal Lamy, directeur général de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) et membre du Parti Socialiste (PS) français, à propos de l’avenir de ce parti. Lamy parle entre autres de « limites du capitalisme de marché », mais ne met pas en cause l’Accord de Marrakech de 1994 dont l’Accord Général sur le Commerce des Services (AGCS) constitue une annexe. Il défend les privatisations et déréglementations opérées par les gouvernements de « gauche » (notamment, en 1997-2002), estimant qu’elles ont mis fins à des « monstres non pertinents ». Tel est donc le véritable contenu des débats en cours au sommet de la « gauche » française, dans une situation où les alliances électorales soi-disant « pour battre la droite » amènent comme d’habitude des alliances politiques de fait qui vont du PS, voire du « centre », jusqu’à une certaine « extrême-gauche ». C’est dans ce contexte politique que, tout au long de l’année 2008-2009 et déjà bien avant, les tentatives d’engager une large campagne d’explication citoyenne sur les problèmes de fond ont été systématiquement bloquées au sein des coordinations qui se réclamaient de la défense des services publics. Même la perspective d’un démantèlement accéléré du Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS), ou d’une privatisation tout aussi rapide des universités, ou les menaces de même nature qui pèsent sur le service public de la santé, n’ont pas amené les mouvements nés au sein de ces services à s’adresser à la grande majorité de la population pour engager un véritable débat. Mais si on va au fond des choses, peut-on défendre efficacement le CNRS, les universités ou la Santé publique sans s’opposer aux intérêts politiques de cette « gauche » électorale ?

La casse du CNRS et des autres organismes publics de recherche, la privatisation des universités et des services liés à la santé… sont-elles autre chose que l’application à la France de l’AGCS et de la politique de l’OMC et de l’Union Européenne ?

La loi sur la « mobilité » des fonctionnaires récemment promulguée, relève-t-elle d’une autre stratégie ?

Il aurait été essentiel d’aborder ces questions devant les citoyens, de diffuser au maximum toutes les informations et d’engager un véritable débat. Mais quelle politique peut défendre dans la réalité une « gauche » dont le « principal parti » compte dans ses rangs les directeurs généraux de l’OMC et du Fonds Monétaire International (FMI), et soutient officiellement le Traité de Lisbonne, la « flexisécurité »… ?

Telle est la facture que, si on va au fond des choses, l’année 2008-2009 a passée aux mouvements de défense des universités publiques, du CNRS et de l’ensemble de la recherche publique, de l’hôpital public, de l’éducation publique… Comment faire, dans l’actuel contexte politique, pour sortir de ce piège ?

Il est impossible, dans la pratique, de défendre efficacement les services publics sans entrer en conflit avec la politique réelle d’un ensemble de partis dont les alliances de fait aboutissent à un blog qui va d’un secteur de la prétendue « extrême-gauche » jusqu’au PS, voire jusqu’au MODEM.

Les élus syndicaux au Conseil Scientifique du CNRS ont été jusqu’à cautionner un contrat d’objectifs 2009-2013 qui programme le démantèlement du centre et de ses laboratoires. Voir notamment nos articles du 17 juin et du 26 juin. Est-ce autre chose qu’une projection de cette situation générale ?

Et comment interpréter le silence syndical général, l’absentéisme des directions des grandes centrales syndicales et la passivité des partis politiques au moment de l’adoption et de la promulgation de la loi « relative à la mobilité et aux parcours professionels dans la fonction publique » ?

Dans les deux cas, une véritable campagne d’explication citoyenne en temps utile aurait été le moyen le plus efficace pour contrer le politique gouvernementale. Mais cette campagne n’a pas eu lieu, car elle aurait heurté un certain nombre d’intérêts politiques.

Comment mener à terme une véritable campagne d’explication citoyenne, sans rappeler et dénoncer le rôle de l’OMC et de l’AGCS, de l’Union Européenne et du Traité de Lisbonne, du FMI, de l’OCDE dont le siège est à Paris… ? Ou encore, sans expliquer et dénoncer le rôle de la Loi Organique Relative aux Lois de Finances (LOLF) d’août 2001, du processus de Bologne lancé en 1998 et de la stratégie de Lisbonne adoptée en mars 2000 ? Ou sans s’opposer à la « flexisécurité », que le PS français soutient ouvertement depuis la campagne présidentielle de 2007 ?

Une telle campagne exigeait des mouvements de défense des services publics qu’ils assument une réelle indépendance par rapport à des intérêts politiciens et électoraux dont le poids s’est avéré trop important. Il en a résulté une série de silences systématiques.

Ces silences ont été très cher payés. La situation évoluera-t-elle en 2009-2010 ? Et que pourront apporter des mobilisations tardives, alors que des mesures aussi graves que le contrat d’objectifs du CNRS ou la loi sur les fonctionnaires ont été entérinées sans rencontrer de résistance réelle ? Quelle sera le crédibilité de mobilisations portant sur les modalités d’application de dispositions adoptées au milieu de la passivité générale, comme ce fut déjà le cas de la Loi n°2007-1199 du 10 août 2007 relative aux libertés et responsabilités des universités (LRU) et de bien d’autres lois et mesures diverses, LOLF comprise ? Une rupture essentielle paraît nécessaire pour sortir de cette spirale.

Rappelons qu’en 1997-2002, le gouvernement de « gauche plurielle » de Lionel Jospin a privatisé pour une valeur estimée à l’époque à 210 milliards de francs (un record). Wikipédia fournit cette relation :

(fin de citation)

A propos de Renault, Pascal Lamy trouve sa privatisation d’un bon sens évident, puisqu’il va jusqu’à demander : « Qui soutiendrait aujourd’hui que Renault doit rester publique ? ». Wikipédia rappelle :

En 1986, Raymond Lévy, après la mort de Georges Besse, assume la direction de Renault et prépare sa privatisation.

En 1990, la régie Renault change de statut et devient une société anonyme à capitaux d’État par l’adoption de la loi du 4 juillet 1990 avec des restrictions du contrôle étranger. Volvo acquiert une participation de 20 % après de tumultueux échanges. En novembre 1994, Renault est effectivement mis en bourse et à cette occasion, Volvo cède 12 % du capital et l’État diminue sa part de 80 % à 53 %. Il faudra attendre juillet 1996 pour voir Renault effectivement passer dans le secteur privé à la suite d’une cession par le gouvernement de 6 % du capital au noyau dur des actionnaires, essentiellement des banques et groupes d’assurance français, par le biais d’une vente de gré à gré.

(fin de citation)

Le « socialiste » Pascal Lamy soutient donc la politique de privatisations lancée par Jacques Chirac. Mais dans ce cas, que signifie dans la réalité le mot d’ordre « battre la droite », en dehors de la course aux bonnes places pour quelques-uns ? Et ceux qui se félicitent publiquement des privatisations chiraquiennes, peuvent-ils vraiment être contre la privatisation de la recherche, de l’enseignement supérieur, de l’éducation, de la Santé… ?

Pascal Lamy est devenu directeur général de l’OMC en 2005, avec le soutien de Jacques Chirac. Dominique Strauss-Kahn a été nommé à la tête du FMI avec le soutien de Nicolas Sarkozy. Lamy et Strauss-Kahn ont-ils « battu la droite » ?