Archive for the ‘JL Beffa’ Category

rapport beffa 2005

septembre 10, 2009

beffa

—–ci-dessous, un commentaire du texte assez correct

http://automatesintelligent.blog.lemonde.fr/2005/01/20/2005_01_le_rapport_beff/

Nous ne résumerons pas ici le rapport. Il est facilement lisible et complété d’annexes très bien faites qui éclairent les lecteurs mal informés de certains aspects techniques.

La première partie fait un état des lieux, qui est très alarmant. Elle comporte :
– La présentation du décrochage de la France dans les secteurs des industries à forte compétence technologique et des graves conséquences qui en résulteront pour l’avenir
– L’analyse de ce phénomène, tenant au fait que les investissements publics en R/D ne se sont pas redéployés des secteurs traditionnels vers les secteurs émergents et que les investisseurs privés ne s’y intéressent pas compte tenu des risques.
– Le rappel des politiques suivies par les Etats-Unis et le Japon, où la puissance publique, sous des formes différentes, joue un rôle essentiel dans le financement de la R/D dans les hautes technologies.
– L’appel au renouvellement des politiques industrielles par la mise en place de programmes mobilisateurs ciblés.

La deuxième partie définit le cahier des charges de ces programmes, dénommés Programmes Mobilisateurs pour l’Innovation Industrielle (PMII).
– Il faut produire pour un marché potentiel suffisant, viser des cibles à fort potentiel technologique, associer industriels et acteurs publics (y compris au niveau européen) et s’inscrire dans le moyen-long terme.
– Il faut afficher des critères de sélection clairs mais révisables
– Il faut enfin retenir un certain nombre de domaines jugés prioritaires, dont le rapport donne de nombreux exemples.

La troisième partie précise les modalités de mise en œuvre des PMII
– relations contractuelles et financières souhaitables entre les acteurs publics et les agents économiques au sein des PMII.
– Statut, mode de fonctionnement et budget de l’Agence pour l’Innovation Industrielle qui sera chargée de coordonner cette mise en œuvre.

La quatrième partie enfin fait différentes propositions relatives à la mise en compatibilité de cette politique et de ces structures juridiques et administratives nationales avec les différents programmes européens existants ou à prévoir visant à encourager l’innovation, que ce soit dans les entreprises ou dans les établissements de recherche et universités. Une coopération avec l’Allemagne est particulièrement envisagée
On trouve dans cette dernière partie une liste de PMII souhaitables qui fait un peu double-emploi avec la liste des domaines présentée précédemment.

Le rapport est disponible depuis le 18 janvier sur le site de la Documentation Française http://lesrapports.ladocumentationfrancaise.fr/BRP/054000044/0000.pdf

Commentaires

On peut difficilement dissocier le contenu proprement dit du rapport et la réflexion plus générale concernant la possibilité non seulement pour la France mais aussi pour l’Europe de rattraper son retard dans les sciences et les technologies que nous disons aujourd’hui de souveraineté.

Origine du rapport

Le rapport est né d’une véritable révolte individuelle, celle de Jean-Louis Beffa, patron de Saint Gobain, confronté à la dégradation du rapport de forces entre les fleurons de l’industrie française et leurs concurrents américains et japonais. Cette situation avait été aperçue depuis quelques années et avait fait l’objet de divers rapports et propositions. On avait dénoncé la désindustrialisation croissante de la France. Mais le milieu politique et même le milieu patronal français restaient, dans l’ensemble, indifférents.

L’indifférence des décideurs face à la désindustrialisation réelle ou supposée tenait et tient encore aux convictions que la « pensée unique libérale » a réussi à ancrer dans leur esprit.

La première est que la désindustrialisation est le résultat inévitable de la mondialisation et qu’elle ne présente pas que des inconvénients. La concurrence d’entreprises étrangères généralement multinationales produisant à bas coûts dans les pays émergents est globalement une bonne chose pour les économies européennes car si l’emploi en souffre, les entreprises de distribution et la spéculation financière en profitent.

La seconde de ces convictions est que, si les entreprises veulent s’adapter, elles doivent trouver en elles-mêmes les ressources de l’amélioration de leur compétitivité. Pour cela, elles doivent réduire leurs coûts de production, notamment par les baisses de salaires et la délocalisation des sites productifs. Les Etats en tous cas ne doivent pas intervenir car étant soumis aux aléas de la vie politique, ils ne peuvent pas concevoir et moins encore appliquer sur le long terme de bonnes politiques économiques. Le « dirigisme » qui avait réussi à la France jusqu’aux Trente Glorieuses n’est plus adapté à la mondialisation.

Il faut s’interroger sur les raisons qui ont fait de cette doctrine de la démission une croyance généralement partagée en Europe, que ce soit à droite ou à gauche. Elles sont complexes.
La première est que certains secteurs industriels ou commerciaux résistent bien à la mondialisation, parce qu’ils disposent d’une véritable « puissance installée ». C’est le cas des services financiers ou de l’agro-alimentaire.
La seconde est bien plus pernicieuse. Elle tient à l’influence de ce qu’il faut bien appeler le formatage des esprits par la propagande américaine, sur le modèle du « faites ce que je dis et ne faites pas ce que je fais ». Les Etats-Unis ont de tous temps consacré des budgets fédéraux considérables, doublés d’appuis politiques et diplomatiques, à leurs industries de pointe, civiles et militaires. Depuis la Seconde guerre mondiale ils ont cependant expliqué au reste du monde, avec le relais du FMI et de la Banque Mondiale, que les Etats ne devaient pas s’occuper de politique industrielle. Seule la France, du temps du Gaullisme n’avait pas accepté ce discours. Elle en recueille les fruits aujourd’hui, avec les quelques partenaires qui avaient accepté de s’associer à elle, dans le nucléaire et l’aérospatial civils et militaires. Mais loin de voir cela, les défenseurs de la non-intervention de l’Etat voudraient aujourd’hui ouvrir à la concurrence internationale, c’est-à-dire à la concurrence américaine, ces bastions de résistance protégés par des restes de politiques régaliennes. On sait que s’il n’y avait pas eu la volonté personnelle de Noël Forgeard, les actionnaires publics et privés de Airbus auraient été à deux doigts de renoncer au lancement de l’A380, estimé non rentable(1).

Si le dogme libéral que les Etats-Unis veulent imposer à l’Europe y trouve de tels appuis malgré son inadéquation, c’est pour une troisième raison, qui relève véritablement du domaine de la politique politicienne. L’intervention de l’Etat, s’appuyant en grande partie sur les services publics et l’administration, a toujours été ressentie par le patronat traditionnel, en France et en Europe, comme inspirée par la doctrine socialiste, voire communiste. Les échecs du communisme soviétique ont servi de prétexte à rejeter tout ce qui de près ou de loin ressemblait à des politiques industrielles et économiques. La défense des services publics menées aujourd’hui par les syndicats ouvriers et la gauche est présentée comme la défense d’avantages acquis ne se justifiant plus. Il faut laisser le champ libre à la spéculation internationale, seule source d’enrichissement. Or il s’agit d’une politique à long terme suicidaire pour les patronats européens. Ils s’imaginent sauver leurs pouvoirs en se faisant racheter par des concurrents étrangers plus puissants ou par des fonds d’investissements . Mais c’est pour très vite découvrir qu’ils sont alors vidés de l’intérieur et ne sont plus que des coquilles creuses. C’est le sort de Péchiney racheté par Alcan. Ce sera celui de Marionnaud et de bien d’autres. C’est aussi le sort de nombreuses anciennes entreprises collectives de l’Europe de l’Est, vendues par appartement.

Mais il faut ajouter une raison peut-être encore plus grave à l’indifférence sinon à l’hostilité des milieux politiques et économiques européens à la mise en place de politiques industrielles publiques. Elle relève vraiment de ce que l’on pourrait appeler la cécité, sinon la bêtise, impardonnable quand elle atteint les décideurs de grandes nations. Beaucoup de ceux-ci n’avaient pas observé la montée des sciences et technologies émergentes. Ils n’avaient pas vu non plus la puissance que celles-ci conféraient aux entreprises et aux Etats qui, comme en Amérique et au Japon, en faisaient la priorité de leurs investissements. Ils n’avaient pas compris enfin que ces investissements ne peuvent pas être laissés à la responsabilité des entreprises, vu les coûts à consentir et la complexité des stratégies à élaborer. Le réveil s’est produit il y a seulement quelques années, sinon quelques mois. Nous pouvons d’ailleurs nous féliciter d’y avoir contribué, en ce qui concerne la France.

Ajoutons que dans ce pays, le mouvement des chercheurs de l’année 2004 a joué un rôle important pour la prise de conscience du risque mortel pris à négliger la recherche dans les sciences émergentes. Nombre de scientifiques enfermés dans les disciplines traditionnelles n’avaient pas perçu la montée des nouvelles sciences. Quand ils se sont réveillés, ils ont constaté la fuite des étudiants et des idées vers les pays non européens où des politiques publiques claires encourageaient la recherche publique, qu’elle soit appliquée ou fondamentale.

Un début de réveil politique

On peut penser que Jean-Louis Beffa, pour ce qui le concerne, a très tôt refusé le discours démobilisateur et s’est convaincu de la fausseté des arguments poussant un grand industriel comme lui à accepter la dégradation de la compétitivité de nos industries. Mais dans le même temps, un début de réveil politique s’est fait jour, en France et dans certains cercles européens. Les statistiques et rapports de l’OCDE et de la Commission européenne ont montré que l’Union est loin de répondre aux objectifs ambitieux dits de Lisbonne. Les industries, faute d’investissements dans les technologies innovantes, sont en train de perdre pied dans les marchés mondiaux porteurs. Les inquiétudes des organisations syndicales et de l’opinion ont fini par remonter jusqu’aux hommes politiques. Face à la faiblesse de la croissance, aux délocalisations et aux achats des PMI de haute technologie par des fonds de pension américains, notamment dans les secteurs stratégiques et de défense, le discours sur l’impuissance de la puissance publique n’apparaît plus tenable.

Une circonstance favorable supplémentaire a joué, pour ce qui concerne la France et l’Allemagne. La volonté personnelle des deux chefs d’Etat a joué un grand rôle. Bien que provenant d’horizons politiques différents, il leur fallait renouveler les programmes politiques de leurs majorités, face à la stagnation de l’économie et de l’emploi. Jacques Chirac, pour ce qui le concerne, est très au fait de l’histoire du Gaullisme et des succès rencontrés jadis par un interventionnisme public bien ciblé. Il n’avait pas au début de son septennat montré beaucoup de volontarisme dans le domaine de la politique industrielle et scientifique. Cependant, plus que d’autres personnalités de la majorité (et même de l’opposition) il a pris récemment conscience qu’il disposait là d’un créneau très favorable lui permettant de se distinguer en proposant au pays de véritables objectifs de redressement, plutôt que de vagues intentions relatives à la réduction de la fracture sociale et aux réformes.

L’histoire dira comment les deux hommes, Jean-Louis Beffa et Jacques Chirac, se sont rencontrés. Mais les preuves sont là. Avant même que le rapport ait été officiellement déposé, le Président, avec sa rapidité habituelle, a pris à son compte les grandes lignes du rapport lors de la présentation des vœux. Aujourd’hui, la mise en place de l’Agence de l’innovation industrielle proposée par le rapport est prévue pour juin 2005 et Jean-Louis Beffa devrait être nommé à sa tête. Ce serait une juste reconnaissance de ses mérites. Aussi bien, avant que l’Agence ne se mette au travail, il est important d’apprécier la stratégie proposée par le rapport Beffa. Nous n’allons pas ici reprendre à notre compte tout l’argumentaire qui y est présenté, pour une raison simple, c’est qu’il nous a parfaitement convaincu et qu’il vaut mieux laisser parler les auteurs du document. En revanche, comme la mise en œuvre du rapport risque de se heurter à de nombreuses difficultés, compte tenu des obstacles et hostilités que rencontre toute grande politique de ce type, il faut essayer d’y réfléchir à l’avance.

Des difficultés pouvant naître de points non traités au fond par le rapport.

Ces difficultés risque de se poser rapidement. Il conviendrait donc de réfléchir dès maintenant aux solutions permettant d’y porter remède. On distinguera les questions de coordination stratégique et les difficultés quotidiennes de gestion.

1. Peut-on faire l’impasse sur la R/D liée aux industries civiles et militaires de défense?
Le rapport a décidé de ne pas en traiter. Il s’agit selon nous d’une grave erreur. Aussi bien au plan national qu’européen, les recherches amont dans les technologies émergentes seront nécessairement « duales ». On en a un exemple éclatant avec le programme européen Galiléo. Accepter que celui-ci soit développé pour des applications uniquement civiles, comme l’ont exigé les Américains qui veulent se réserver le monopole du GPS dans le militaire, équivaut à un « sabordage », selon les termes d’un article de Jean-Pol Poncelet, directeur à l’Agence Spatiale européenne (Le Monde du 11 janvier 2005). Refuser l’approche globale, qui fait la force de l’innovation aux Etats-Unis, risque de créer des doublons ou, plus grave, de laisser s’installer des lacunes. Mais la coordination est difficile, et nécessite des organismes acceptant d’une part de coopérer et d’autre part, de respecter leurs compétences respectives.

2. Peut-on faire l’impasse sur la R/D liée aux programmes des agences européennes existantes, les plus importantes étant l’Agence Spatiale Européenne, le CERN et l’ESO ? Exclure les domaines de l’espace et de la physique des hautes énergies, qui devraient être de plus en plus importants en termes de priorités stratégiques et de budgets, ainsi que de retombées industrielles, serait grave, pour raisons identiques à celles invoquées au paragraphe précédent. Où se placeront par ailleurs, dans cette hypothèse, les programmes financés par les agences nationales, comme le CNES.

3. Comment assurer des relations efficaces entre la recherche industrielle et la recherche publique fondamentale et appliquée ? Le rapport n’esquive pas cette question, qui constitue même un des points essentiels de ses propositions. Mais il n’est pas certain, à la vue notamment des réactions sceptiques du milieu scientifique, que les solutions proposées soient suffisantes. La recherche publique a des implications constantes en matière de R/D industrielle. C’est ce que montre par exemple les développements du pôle Micro et Nanotechnologies à Grenoble ou du Génopole à Evry. La question de la coordination entre recherche scientifique conduite dans les organismes de recherche et les universités et la recherche industrielle est posée en permanence et sans grands résultats depuis les années soixante. Différentes formules ont été envisagées. Aujourd’hui, on encourage la formule des pôles géographiques d’excellence ou de compétitivité, associant la recherche publique et les entreprises. C’est notamment ce que propose le rapport. Mais il semble que cette formule intéresse plus particulièrement les PME/PMI. Elle ne résout pas nécessairement la question de la recherche dans les grandes et très grandes entreprises. Celles-ci, d’une part, les grands laboratoires publics d’autre part, trouveront-ils moyen de coopérer à travers le système proposé des PMII, dont le budget ne sera alors pas suffisant ?

4. En dehors de problèmes de coordination au sein des pôles de compétitivité se posera la question de la coordination entre les agences en cours de création, l’Agence pour l’innovation industrielle et l’Agence Nationale de la recherche prévue par le ministère de la recherche. Un autre problème de coordination apparaîtra, quand il s’agira de réfléchir aux besoins stratégiques et de proposer (ou réviser) les orientations à long terme. L’Agence pour l’innovation industrielle ne pourra pas faire cavalier seul par rapport au Haut-conseil pour la science, également envisagé actuellement en France et à l’European Research Council, demandé par tous les chercheurs et par les responsables des PCRD à Bruxelles.

5. Evoquons enfin pour mémoire la question des relations avec les organismes de recherche et de développement dépendant de l’Union européenne. Elle est évoquée dans le rapport, mais cela semble fait plus par acquis de conscience que pour satisfaire à un besoin stratégique profond. Il s’agira en fait d’un point essentiel si on veut que le renouveau des industries à hautes technologies en France s’inscrive dans l’indispensable renforcement de la souveraineté scientifique et technologique de l’Europe. Nous n’en discuterons pas ici mais il faut garder en tête l’importance d’apporter très vite des perspectives à nos partenaires européens et à l’Union dans ce domaine.

Des difficultés pratiques à prévoir

1. La continuité de l’action. Comment un organisme rattaché au Premier ministre pourra-t-il disposer de l’autonomie nécessaire pour survivre aux changements de chefs de gouvernements ou aux conflits éventuels avec le président de la République. Ne faudrait-il pas lui donner plus d’indépendance ? Mais de quelle façon ? Une Haute Autorité ?

2. Les relations avec les organismes existants : l’ANVAR-CGPME, le ministère de l’industrie, celui de l’éducation-recherche, certains ministères techniques. Il faudra à la fois respecter les compétences de chacun et veiller à leur mise en synergie. En cas de conflit, qui arbitrera ? Le Premier ministre ?

3. La continuité ou, pour mieux faire, la croissance régulière des ressources budgétaires ? Qui aura le dernier mot en ce domaine ? Le ministre du budget ?

4. Les relations immédiates avec les autres pays européens, par exemple avec l’Allemagne. Sous la tutelle de qui seront-elles placées ? Le ministère des affaires étrangères ?

Conclusion intérimaire

Le rapport Beffa et les décisions qui seront prises en application de ses propositions dans les mois suivants constituent un bon pas en avant. Il ne faudrait surtout pas enterrer cette nouvelle démarche sous les difficultés administratives et les conflits d’intérêts personnels et économiques. Mais il ne faudrait pas se satisfaire de ce premier pas. Le problème de la construction de la souveraineté scientifique et technologique de l’Europe reste entier. C’est principalement dans ce cadre que pourront apparaître des industries nationales plus compétitives, maîtrisant les technologies de pointe. Etablir de nouvelles propositions dans cette perspective, sur un plan et dans une perspective véritablement commune à l’Europe des 25, devrait constituer la priorité de l’année 2005 et du futur septennat.

Ce qui manque au rapport ?

Nous dirions que manque un grand souffle épique. L’expérience récente du double succès européen, avec l’atterrissage sur Titan de la sonde Huygens et le lancement du premier Airbus A380 montre que les médias et sans doute aussi les populations dans leur ensemble sont et seront très sensibles à tout ce que l’Europe pourra faire de prestigieux et de noble dans les domaines de la recherche scientifique et de la technologie. Le président de la République l’a d’ailleurs semble-t-il bien compris en adoptant des propos d’une ambition inhabituelle lors de son allocution prononcée à Toulouse le 18 janvier.

Mais le scepticisme, la morosité reviendront très vite. L’opinion rangera la nouvelle politique parmi les multiples promesses faites et non tenues. Même si des experts ou responsables de projets se donnent beaucoup de mal pour avancer, nul n’en saura rien. Le champ sera de nouveau libre pour les critiques, c’est-à-dire aussi pour ceux qui veulent faire le lit des impérialismes économiques et industriels extra-européens.

L’équation économique et politique à résoudre est simple. Pour relancer l’innovation industrielle, scientifique, culturelle, il faut de l’argent, beaucoup d’argent. Il faut aussi beaucoup d’enthousiasme. L’un et l’autre ne viendront pas de nulle part, mais seulement des sacrifices que les citoyens et les entreprises accepteront de consentir, en prélevant sur leurs consommations matérielles et leurs ressources intellectuelles et affectives.
Pour cela, il faut qu’ils puissent se voir proposer de grands objectifs, où ils auront un investissement personnel à faire et même des rôles concrets de plus en plus grands à jouer.

Ces grands objectifs doivent être visualisables et identifiables. Il faut, comme le font les grands programmes spatiaux, qu’ils s’accompagnent d’un immense appel à l’imaginaire. Il faut aussi qu’ils s’accompagnent de débats et fassent appel aux apports de chacun, notamment des populations scolaires et universitaires.

Ceci même et à plus forte raison si les thèmes paraissent très techniques. On voit comment les biocarburants, les énergies renouvelables ou la robotique intelligente sont devenus dans d’autres pays de véritables objectifs de civilisation, provoquant une implication générale de nombreux citoyens, notamment de jeunes. Il faudra faire la même chose en France. Nous en reparlerons.

Note
(1) On présente systématiquement le prétendu échec du Plan Calcul (1967-1973) comme preuve de l’incapacité de l’Etat à définir des politiques viables dans les hautes technologies. Mais c’est oublier que le Plan Calcul aurait réussi si les gouvernements ayant succédé à ceux de De Gaulle et de Georges Pompidou n’avait pas sciemment cédé à la pression du patronat français traditionnel qui refusait toute innovation technologique. L’entreprise européenne Unidata qui était le produit du Plan Calcul, si elle n’avait pas été sabordée par le retrait de la France, serait sans doute aujourd’hui l’équivalent d’Airbus.

Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin – 19 janvier 2005