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Le CNESER de ce 16 novembre 2009 a voté une motion condamnant les propositions gouvernementales du 13 novembre en matière de formation des enseignants

novembre 17, 2009

http://sciences.blogs.liberation.fr/home/2009/11/le-cneser-vote-non-sur-la-mastérisation.html

Réuni hier, le Cneser – Conseil national de l’enseignement supérieur – a repoussé à une large majorité les décisions de Valérie Pécresseet Luc Chatel sur la réforme de la formation et du recrutement des enseignants.

Le CNESER de ce 16 novembre a voté une motion (lire ci dessous) condamnant les propositions gouvernementales du 13 novembre en matière de formation des enseignants par 19 Pour, 4 Contre (MEDEF, QSF, CGPME).

Cette motion a été présentée par le SNESUP auquel se sont associés l’UNEF, l’UNSA, la CFDT, le SGEN-CFDT, SUD-Education, la CFTC, l’Autonome et la FCPE. Ce large front syndical montre que, malgré les très vives contestations de cette réforme, le gouvernement a décidé de passer en force. Cette opposition va t-elle se traduire par des mouvements de protestation ? Les universitaires qui ont refusé de transmettre les maquettes de formations correspondant aux visées gouvernementales vont-ils reconduire cette action ? Comment vont réagir les étudiants ? Alors que les réflexions s’aiguisent sur le mouvement de l’an dernier, ces questions sont en suspens. Lire ici le post de ma consoeur Véronique Soulé sur le sujet.

Voici le communiqué syndical :

«Vendredi 13 novembre, les cabinets des ministres de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur et de la recherche ont communiqué aux organisations syndicales, exclues de toutes concertations, leurs décisions concernant la réforme dite de «mastérisation». Portant sur la structure des concours, le calendrier des épreuves (PE, PLC, PLP, agrégation) et le cadrage des masters et des stages, ces annonces, ont fait l’objet de critiques extrêmement vives concernant la conception gouvernementale de l’admissibilité du concours, le calendrier échelonné des différents concours et la possibilité d’élaborer de vrais masters. Pour le gouvernement, enseigner n’est pas un métier qui s’apprend et ne constitue pas une priorité. Le CNESER dénonce une vision archaïque de la formation des enseignants.

Le CNESER estime ces décisions inacceptables et considère qu’elles constituent des entraves à la conception des formations des futurs enseignants portant l’ambition d’un net progrès dans la démocratisation de notre système éducatif. Elles rendent impossible la conception de formations universitaires de haut niveau qui permettent la réussite des étudiants.

A aucun moment de la présentation, pas plus que dans le document distribué en séance, n’est mentionné le terme « IUFM ». Conjugué à l’absence de réponse ministérielle quant au sort qui pouvait leur être réservé, la disparition des IUFM reste programmée.

Jamais, au cours de la présentation, les questions relatives aux aides financières –bourses, pré recrutements…- dont pourraient disposer les étudiants n’ont été abordées par les ministères.

Dans ce contexte, le CNESER demande de revenir en totalité sur ce qui a été engagé pour une tout autre réforme conduisant à une réelle élévation de la qualification de tous les enseignants

On trouvera ici le communiqué du Parti Socialiste sur cette décision du gouvernement.

Ajout à 15h Voici le communiqué d’Autonome Sup qui se singularise par son soutien au gouvernement sur la question du calendrier des épreuves, mais apporte d’autres critiques.

Masters et concours de recrutement : de grosses inquiétudes !

AutonomeSup a pris connaissance des intentions des ministères de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur sur la réforme des concours de recrutement des enseignants. Une analyse détaillée des textes a été mise sur notre site www.autonomesup.com

Nous approuvons le maintien des épreuves de concours en seconde année de master, la création de masters pluridisciplinaires et l’adjonction d’un parcours complémentaire orienté vers l’enseignement en première année de master.

En revanche nous demandons d’urgence des clarifications sur des points pour le moins ambigus et inacceptables en l’état.

– Nous demandons le maintien de l’agrégation en sixième année, après un master de recherche, comme cela avait été acquis en juin dernier, et une articulation entre le master et le CAPES qui soit compatible avec l’existence de masters de recherche menacés dans l’organisation proposée.

– Nous demandons aussi que, conformément aux engagements pris, le nombre d’épreuves disciplinaires d’admissibilité puisse être de trois dans certains cas. Les épreuves du concours doivent prendre en compte toutes les matières jugées utiles à la formation et présentes en master.

– Nous demandons encore une troisième épreuve à l’écrit du concours des professeurs des écoles, à côté des épreuves de français et de mathématiques pour permettre une différenciation des recrutements et notamment inciter des titulaires d’une licence de langue vivante à préparer ce concours : si la limitation des épreuves écarte ces étudiants linguistes, comment sera assurée en primaire l’initiation aux langues vivantes, indispensable dans l’Europe et le monde du XXIème siècle ?

D’autres points doivent être clarifiés : la place de la recherche dans les masters conduisant à l’enseignement dans le secondaire, la nature des épreuves orales du CAPES, la nature et la fonction des stages, la formation professionnelle pendant l’année de professeur-stagiaire.

Les Ministères doivent répondre au plus vite aux inquiétudes que suscite le document rendu public le 13 novembre. Certains points doivent être clarifiés immédiatement et le cadrage des concours prévu pour la fin du mois pourrait lever ces craintes… à moins qu’il ne les renforce et provoque des réactions virulentes ! La balle est dans le camp des Ministères qui ont eu tort de ne pas respecter certains des engagements pris en juin et juillet dernier.

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budget Ministère 1er octobre 2009

octobre 3, 2009

3 octobre 2009

MIRES = « Mission interministérielle pour la recherche et l’enseignement supérieur »

Nous disposons de trois documents pour analyser le budget, en attendant sa version imprimée : (i) Celui de la « Mission interministérielle » voir http://www.budget.gouv.fr/presse/dossiers_de_presse/plf2010/politiques_publiques/recherche.pdf) ; (ii) Le diaporama de V. Pécresse (VP) du 1er octobre (qui est sur le site du ministère) ; (iii) Les communiqués de l’AEF, les plus fiables, car ils distinguent, contrairement aux précédents documents, les autorisations d’engagement (AE) et les crédits de paiement (CP) (note 1).

Le budget en résumé

1- Acquis du mouvement du début d’année, il est confirmé qu’il n’y aura pas de suppression d’emplois en 2010. Mais pas de créations : tout se développera donc en CDD ou heures supplémentaires.

2- Sans tenir compte du plan de relance de cette année, les crédits budgétaires de la « MIRES » (note 2) passent de 24,1 Mds€ en 2009 à 24,81 en 2010 soit une progression de 710 millions, 2,9 %. Toutefois cette croissance inclut 130 millions affectés aux retraites, ce que nous n’avons jamais préceédemment décompté car correspondant à un redéploiement interne du budget de l’Etat. La croissance budgétaire réelle est donc de 580 millions, soit 2,4 %, c’est-à-dire un peu plus que les 2 % de croissance du PIB en euros courants prévue par le gouvernement. Mais ce n’est pas avec cela qu’on rattrapera notre retard. Dans le même temps, le Crédit d’impôt recherche (CIR) s’accroît de 565 millions.

3- La présentation ministérielle omet le fait que, dans le plan de relance, 1,5 milliard du CIR de 2010 ont déjà été payés par anticipation en 2009, d’après la déclaration de Valérie Pécresse à l’Assemblée nationale (vous pouvez vérifier ici. Avec le plan de relance, la croissance du Crédit d’impôt est donc de 2,065 milliards. Du fait de sa réforme de 2008 (30 % des dépenses de recherche de l’entreprise, sans évaluation), pratiquement le CIR est doublé. La croissance de la MIRES ne représente donc moins du tiers de celle du CIR en 2010.

4- Y a-t-il d’autres vraies ressources pour les universités et les organismes que la MIRES. Pour le document interministériel (1), « s’ajoutent à cet effort des financements innovants en faveur de l’immobilier des universités : les partenariats public-privé (PPP) (note 3) pour 421 millions d’euros et les produits financiers destinés à l’opération « Campus » (note 4) pour 164 millions d’euros ». Quoi qu’on pense par ailleurs du Plan campus, on peut considérer les 164 millions comme de vraies ressources. Par contre compter les PPP, qui sont des emprunts dont on n’a pas commencé à payer les intérêts, intérêts qu’on nous décomptera, à juste titre, dans les prochains budgets, c’est se moquer du monde. C’est aussi futé que si vous additionniez votre salaire et vos emprunts, pour calculer vos revenus. On peut à la limite considérer les PPP comme des Autorisations d’engagement, en aucun cas comme des CP. Mais en comptant les PPP comme CP, cela permet aussi d’accroître, mensongèrement mais fortement, « les dépenses par étudiant ».

La présentation : une grande patouille indigne d’une démocratie De ce qui précède, on peut affirmer que le budget 2010 de l’enseignement supérieur et de la recherche sera, au mieux, très médiocre. Mais pour le grand public, à moins que les médias fassent leur travail de dévoilement, tout est manipulé pour que nous paraissions crouler sous les milliards. Comme d’habitude avec Pécresse.

D’entrée, le document ministériel (1) annonce la couleur : « La mission interministérielle « Recherche et enseignement supérieur » (MIRES) constitue la première priorité budgétaire du Gouvernement. L’ensemble des moyens alloués à ce secteur progresse de plus de 1,8 milliard d’euros en 2010, conformément aux engagements pris ». Tout le document (1) et le diaporama (2) vont être magouillés pour démontrer qu’il en est bien ainsi. Pour obtenir le « bon » résultat, le ministère, comme d’habitude, additionne les chapeaux et les lapins, le Crédit d’impôt et les crédits budgétaires, les dotations de l’Etat et les emprunts PPP, des CP et des AE, les crédits du ministère et ceux provenant d’autres ministères. Le diaporama (2) mélange les évolutions sur un an et celles sur les années à venir, tantôt en différence, tantôt en « cumulé » (ça fait plus riche), pour noyer le lecteur dans les chiffres. On croule sous les millions, mais il faut lire la dépêche de l’AEF pour savoir comment la MIRES évolue en CP et en AE : ça, qui est le plus important, ce n’est pas dans le diaporama. Et pour cause : cela montrerait que la vraie MIRES n’augmente, au mieux, que de 710 millions et non de 1,8 milliard comme affirmé. Cela ne s’appelle pas une arnaque, un mensonge, une escroquerie, mais de la communication (note 5) !

L’emploi et les carrières

Le budget confirme l’acquis du mouvement de cette année : il n’y aura pas de suppressions d’emplois, mais des transferts : en 2010, « l’effectif des emplois État s’élève à 53 513 équivalents temps plein (contre 120 010 ETP (note 6) en 2009) et celui des emplois des opérateurs (universités, organismes) à 203 561 équivalents temps plein (contre 143 127 ETP en 2009). Ce différentiel correspond au transfert de la masse salariale vers les établissements autonomes. Au total, 94 782 emplois seront transférés aux universités dans le cadre du passage aux compétences élargies, dont 60 607 en 2010 ».

Pour les personnels, 263 millions sont prévus afin « d’améliorer les carrières », pour une masse salariale concernée autour de 10 milliards.
- 130 millions sur les retraites, déjà évoqués,
- 52 millions pour les « augmentations de salaires » (« augmentations » fonction publique …),
- 55 millions pour le chantier « carrières » pour environ 150 000 agents, soit une augmentation moyenne de 5 pour mille, à comparer au milliard pour les traders de la BNP. Mais, nous sommes très favorisés par rapport au million d’étudiants qui se partageront 33 millions d’euros, euros courants bien sûr.

Toutefois, il faut observer que ces « chantiers carrières » comportent deux aspects très différents :
- un système de primes qui sera en partie prélevé sur les vitesses de passages de grades ;
- une amélioration réelle du début de carrière des MC, autre acquis du mouvement du début 2009, qui « pèse » peu aujourd’hui (cela ne joue que sur les nouveaux), mais qui sera important à terme.

Un budget RGPP, ensérant les établissements dans un carcan

Il faudra avoir le budget imprimé et détaillé pour avoir une idée des crédits, notamment de recherche. De ce qui ressort des documents, les moyens globaux (avec salaires) des organismes devraient augmenter de 2,5 % (2,2 % sans les retraites). Si cela est exact, les crédits des laboratoires devraient varier globalement peu, mais différentiellement. En effet, au-delà de sa stagnation, ce budget manifeste une prise en main totale du pouvoir sur les établissements, sous couvert « d’indicateurs » qui oscillent entre le scandaleux et le débile. Les objectifs affirmés du budget sont :
- « la mise en place d’un modèle objectif et transparent d’allocation des moyens aux universités qui permette (…) d’introduire un mode de financement fondé sur la performance  » ;
- « le renforcement de la logique de financement sur projets de la recherche [ce qui est contraire à l’engagements de VP de rééquilibrer les crédits de base et ceux sur projet] ; en outre, les dotations en crédit aux unités de recherche lors de l’établissement des budgets 2010 des organismes de recherche devront être directement liées à l’évaluation de la performance » ;
- « accompagner la réforme des organismes et structurer le paysage de la recherche en instituts et alliances en phase avec la Stratégie nationale de recherche et d’innovation (SNRI) » , à savoir l’étroite conformité aux priorités gouvernementales ;
- « valoriser l’excellence des laboratoires à travers les contrats signés avec leurs organismes de rattachement, le soutien de base qui leur est attribué, et la mise en place des chaires organismes-universités »,
- « L’Agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (Aeres), poursuivra son analyse de la qualité de la recherche et de la formation assurées par les établissements et leurs unités ».

Notes sur le vocabulaire 1- Les Autorisations d’engagements (AE) sont des sommes que les opérateurs sont autorisés à engager. Les Crédits de paiement (CP) sont les sommes que l’Etat déboursera réellement au cours de l’exercice budgétaire de l’année. L’Etat couvre souvent les AE par des CP au cours des années ultérieures, mais pas toujours.

2- Innovation linguistique cette année, il y a deux « MIRES », prenez le temps de comprendre car la différence entre les deux est de plus d’un milliard. La vraie MIRES (que nous appellerons N°1), « Mission interministérielle pour la recherche et l’enseignement supérieur », est un volet officiel de la LOLF (loi organique relative aux lois de finances) qui donne lieu à un document officiel, chiffré, voté par le Parlement ; elle est purement budgétaire. Pour sciemment brouiller les pistes, le gouvernement a créé cette année un nouveau concept : « La mission interministérielle « Recherche et enseignement supérieur » » qu’il appelle aussi MIRES (voir citation dans le § 2 de ce texte). Cette MIRES (N°2 pour nous) s’écrit à deux petits mots près comme la première, mais avec des guillemets en plus autour de « Recherche et enseignement supérieur ». Elle inclut la MIRES (N°1) à laquelle s’additionne le Crédit d’impôt, les PPP, le Plan Campus, des crédits d’autres ministère, etc. Et c’est comme ça que la fausse MIRES (N°2) est présentée comme augmentant de 1,8 milliards, alors que la vraie MIRES (N°1), votée par le Parlement, n’augmente que de 710 millions. Pour le document complet de la MIRES N°2, cliquez icihttp://www.budget.gouv.fr/presse/dossiers_de_presse/plf2010/politiques_publiques/recherche.pdf) ;.

3-Les Partenariats public-privé (PPP) consistent à sous-traiter au secteur privé le financement, la conception, la construction et la grande maintenance de bâtiments neufs ou rénovés. En contrepartie, l’Etat s’engage à leur verser des loyers pendant une période de 28 ou 30 ans.

4- Le Plan campus concerne 12 campus dits « d’excellence » (en fait des sous-entités limitées de chaque campus). Il est financé par les intérêts des 5 milliards provenant de la vente d’actions EDF.

5- Autre petit exemple minable du mépris pour les scientifiques, les journalistes et les parlementaires : l’an dernier nous avons eu beaucoup de mal à expliquer que le budget du CNRS n’augmentait que de 1% alors que diaporama du ministère pour le budget 2009 (transparent 24) indiquait fièrement + 4,6 %. Eh bien cette année, pour bien montrer que le budget 2010 est meilleur que celui de 2009, vous apprenez dans le diaporama 2010 (transparent 20) que l’an passé le budget du CNRS n’a augmenté que de 1,1 %. Cela ne s’appelle pas une arnaque, un mensonge, une escroquerie, mais de la communication !

6- Dans les documents budgétaires, on parle désormais en ETP (équivalents temps plein), officiellement pour décompter correctement les temps partiels. En fait pour qu’on ne puisse plus distinguer entre précaires et statutaires.

première gaffe de Chatel 19-20 aout 2009

août 27, 2009

Chatel : « la honte internationale sur le site du New York Times« . « Les dessous d’un coup de com. » (revue de presse 19-20/08/2009)

Points de vue et débats

Information publiée le mercredi 19 août 2009 par Fabula

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Fluctuat.net 20/08/09:

Luc Chatel : la honte internationale sur le site du New York Timeshttp://societe.fluctuat.net/blog/39384-luc-chatel-la-honte-internationale-sur-le-site-du-new-york-times.html

La vie politique française à la Une du site du New York Times, ça n’arrive pas tous les jours. Sauf quand un ministre se retrouve pris au coeur d’une polémique suite à la mise en scène d’une visite de supermarché.

Correspondant à Paris pour le quotidien américain, Steven Erlanger a donc pris un malin plaisir à relater la polémique qui met cette semaine le ministre de l’Education Luc Chatel, ainsi que le secrétaire d’Etat au commerce Hervé Novelli, dans l’embarras. Ou comment une simple opération de com’ organisée dans un Intermarché (truffé de figurants, dont une militante UMP) se transforme en pantalonnade internationale.
Mis à la une de la version en ligne du NYT ce jeudi matin, le papier a également été « publié le 20 août 2009, à la page A5 de l’édition de New York« , peut-on lire en bas de page.
La dernière fois qu’une actualité française avait eu droit à un tel honneur, c’était à l’occasion d’un article sur le phénomène Plus Belle La Vie.

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Communication politique : les ratés du tout-image.
LE MONDE | 21.08.09 | Claire Gatinois et Sophie Landrin. Article paru dans l’édition du 22.08.09.

http://www.lemonde.fr/politique/article/2009/08/21/communication-politique-les-rates-du-tout-image_1230526_823448.html

Un ministre français à la « une » du site du New York Times, jeudi 20 août. L’affaire est rare. Luc Chatel, en charge de l’éducation et porte-parole du gouvernement n’aurait pas connu cette publicité sans son échange avec les « fausses clientes » d’un supermarché du Val-de-Marne.

Lundi 17 août, ces mères de famille – sympathisantes UMP un peu trop zélées ou bons petits soldats d’Intermarché ? – ont manifesté un enthousiasme surfait sur le coût de la rentrée scolaire auprès du ministre de l’éducation et du secrétaire d’état au commerce, Hervé Novelli, venus communiquer sur le blocage des prix de certaines fournitures scolaires.

Etonnées, radios et télévisions ont aussitôt crié à la mise en scène.

Trois jours après « l’événement », consigne a été donnée aux salariés de ne pas évoquer la question. Un sujet qui tourne bien autour de la supercherie présumée des équipes de MM. Chatel et Novelli.

Le ministère de l’éducation – très embarrassé – s’est empressé de démentir formellement toute mise en scène. Le recours à des figurants lors d’un colloque avait coûté son poste au ministre du tourisme Olivier Stirn, à l’été 1990. « On n’y est pour rien », assure la porte-parole de M. Luc Chatel.

La faute à qui alors ? A Intermarché qui s’est excusé mercredi 19 août de cette « initiative inappropriée » ? Le ministre de l’éducation a insisté en condamnant fermement ce procédé.

Dont acte ? Pas tout à fait. Les « mousquetaires » de la distribution prétendent en effet avoir pris l’initiative d’inviter un certain nombre de salariés du groupe lors de la venue des ministres. Mais à Villeneuve-le-Roi, on est formel. Les clientes en question n’étaient pas salariées du magasin. « On se connait tous, cela ne serait pas passé inaperçu », assure un responsable de la sécurité.

La direction d’Intermarché refusant de donner plus de détails il reste l’information, dévoilée par Libération, sur l’une des clientes qui est, elle, effectivement conseillère municipale à la mairie de Vulaines-sur-Seine (Seine-et-Marne). Une mairie UMP.

« Cette femme ne figure pas dans les fichiers de l’UMP », précise toutefois Xavier Bertrand, secrétaire général de l’UMP.

La direction nationale de l’UMP se défend de toute intervention dans cette affaire. « Il n’y a eu aucune consigne de notre part. Le parti n’intervient jamais dans le déplacement de ministre », assure Dominique Paillé, porte-parole du mouvement. Officiellement, l’UMP ne gère que les déplacements du chef de l’Etat, où les militants sont toujours conviés à venir rencontrer leur ancien patron et surtout à lui assurer un bon accueil.

Intermarché a pu être tenté de corriger une maladresse précédente : en février 2009, lors d’une opération « vérité » sur la baisse des prix à l’Intermarché de Gif-sur-Yvette (Essonne), une cliente avait fermement contrarié M. Chatel, alors secrétaire d’Etat, assurant que pour elle les prix ne baissaient pas du tout.

Mais les salariés du magasin trouvent un peu « bizarre » d’imaginer l’organisation d’une mise en scène par le groupe Intermarché. « M. Fouillat (le patron de l’Intermarché de Villeneuve-le-Roi) est un homme plutôt droit », assure une vendeuse du rayon traiteur. « Aucun salarié n’aurait voulu être à ce point manipulé », signale-t-elle.

Philippe Ducoroy, directeur marchandise responsable du rayon des fournitures scolaires, assure de son côté que s’il a été prévenu de la visite de MM. Chatel et Novelli quatre jours plus tôt, la seule consigne qu’il ait eu est celle de « proposer un rayon propre et fourni ». Estimant toutefois qu' »un ministre n’a pas besoin de publicité ».

Il est de tradition cependant que le cabinet d’un ministre organise en amont d’un déplacement, une visite préparatoire des lieux pour régler jusqu’au détail, la venue du représentant du gouvernement. « Le moins que l’on puisse faire, c’est de rencontrer, au préalable, le patron national de l’entreprise, puis le responsable de l’établissement », explique le chef de cabinet d’un ministre. « Avec les téléphones portables qui filment, nous savons que tout déplacement, toute intervention d’un ministre peut se retrouver immédiatement sur le net. D’où la tentation de tout verrouiller. »

En août 2008, Nadine Morano avait usé du même procédé : pour communiquer sur la nouvelle allocation de rentrée scolaire, la secrétaire d’Etat à la famille s’était rendue, à grand renfort de publicité dans un supermarché Carrefour de Marseille, où elle avait, elle aussi, été interrogée par de faux « clients », des militants UMP.

Le chef de l’Etat et le chef de gouvernement ne sont pas en reste. Pour mieux contrôler « l’image », et éviter toute contre communication, toute réaction hostile, les équipes de l’Elysée n’hésitent pas à scénariser les visites du président, en particulier dans les usines qu’il affecte tant.

En 2008, M. Sarkozy à l’usine Porchain de Verberie avait rencontré de faux ouvriers, des agents de maîtrise déguisés.

Pendant la campagne présidentielle de 2007, dans une forge des Ardennes, où il avait évoqué son fameux slogan « travailler plus pour gagner plus », ses équipes avaient soigneusement sélectionné les ouvriers à qui il s’adressait.

Le premier ministre, François Fillon, pour contrôler son image, dispose, lui, de ses propres équipes de télévision…

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Rue 89:

Chatel à Intermarché : les dessous d’un coup de com’ http://www.rue89.com/2009/08/19/chatel-a-intermarche-les-dessous-dun-coup-de-com

Par David Servenay | Rue89 | 19/08/2009

Le groupe affirme avoir invité ses salariés à recevoir le ministre. Mais les vidéos le montrent entouré de sympathisantes UMP.Supercherie, suite. D’une banale opération de claque politique, l’affaire Chatel est en passe de devenir une opération de publicité clandestine… C’est du moins la version qu’Intermarché essaie de vendre, pour dédouaner le ministre de l’Education nationale.

Depuis lundi, Luc Chatel est soupçonné d’avoir préparé, en coulisse, une claque de militantes UMP, pour assurer le succès d’un déplacement dans un supermarché de Villeuneuve-le-Roi (Val-de-Marne), destiné à vanter les mérites de l’opération gouvernementale la rentrée à bas prix.

Après vingt-quatre heures de cafouillage, et vu le tour pris par la polémique révélée par France Inter, le cabinet du ministre de l’Education nationale a décidé d’organiser la contre-offensive, sur le mode de la vertu bafouée. Mercredi, la direction d’Intermarché a donc pris sa plus belle souris pour envoyer aux rédactions le communiqué suivant :

« A la suite des différents articles parus dans la presse au sujet du déplacement le 17 août de messieurs Luc Chatel et Hervé Novelli, la direction Intermarché tient à effectuer les précisions suivantes :

1. La direction Intermarché a pris l’initiative d’inviter un certain nombre de salariés à l’occasion de la venue des ministres dans l’un de ses magasins à Villeneuve-le-Roi.

2. Cette initiative est le seul fait d’Intermarché et en aucun cas ni le ministre ni ses collaborateurs n’y ont été associés ni même informés.

3. Intermarché regrette cette initiative inappropriée et tient à présenter aux ministres et aux journalistes présents ses excuses. »

Problème : sur les images des sujets télévisés, une dizaine de mères de famille très affairées s’activent au rayon fournitures scolaires, alors que la direction d’Intermarché reste floue sur le nombre de salariés conviés, comme elle l’a indiqué à Rue89 :

« Parmi les personnes interviewées par les journalistes, deux faisaient partie de l’enseigne. »

Quid des autres « interviewées » ? Des amies fascinées par le beau Luc ? Une bande de copines militantes ? Le distributeur reste tout aussi vague sur l’objectif poursuivi dans cette opération « faire la claque au ministre ».

Le cas Virginie Meyniel, l’inconnue qui connaît tout

Et quid du cas de Virginie Meyniel, la jeune femme blonde que le ministre croise opportunément et qui -quelle chance ! – connaît parfaitement le dispositif gouvernemental de « l’essentiel de la rentrée », comme on peut le voir sur France 2 :

« Y’a l’essentiel… et puis il y a aussi les avantages de la carte au niveau d’Intermarché. C’est vrai que l’ensemble fait des prix intéressants. » (Voir la vidéo)

Là, on frise la publicité clandestine. Mais les journalistes qui suivent le déplacement ont tout de suite des doutes sur la crédibilité de ce « témoin ». Mieux : ils identifient la jeune femme comme étant Virginie Meyniel, conseillère municipale de Vulaines-sur-Seine qui a donc parcouru 47 kilomètres pour acheter cartables et cahiers pour ses deux enfants…

France 2 affirme qu’après la visite ministérielle, ces mères de famille ont « remis en rayon les fournitures scolaires ». Etrange, pour de simples clientes.

Virginie Meyniel a sûrement dû évoquer le sujet avec le maire de Vulaines-sur-Seine, Jacques Charbonnier, un retraité qui, en 2002, a fait partie des 500 citoyens ayant parrainné la candidature du libéral Alain Madelin à l’élection présidentielle. Avec un certain… Luc Chatel.

Luc Chatel : « Nous n’étions au courant de rien »

Pour l’instant, le ministre a nié en bloc sur France 2 toute responsabilité dans cette affaire :

« Je laisse le soin à cette enseigne de la distribution de dire ce qui s’est réellement passé. Ce que je peux vous dire, c’est que tout s’est fait à mon insu. Nous n’étions au courant de rien. Et je trouve ce procédé profondément choquant, parce que il met en cause mon honnêteté. » (Voir la vidéo)
A lire aussi sur Rue89 et sur Eco89

Ailleurs sur le Web

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Visite Chatel à Intermarché: un conseiller régional PS saisit la direction de la concurrence – AFP 20/08/09

Daniel Guérin, conseiller régional (PS) d’Ile-de-France, a saisi la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes, à propos de la visite du ministre de l’Education nationale Luc Chatel à l’Intermarché de Villeneuve-le-Roi, lundi.

Dans un communiqué jeudi, le conseiller régional et conseiller général de Villeneuve-le-Roi (Val-de-Marne) indique: « je viens de saisir la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes afin que toute la lumière soit faite sur les véritables responsabilités dans cette affaire et les éventuelles distorsions de concurrence qu’elle générait au détriment des autres commerçants du secteur ».

Selon lui, « si la manipulation n’avait pas été révélée, cette visite aurait constitué une opération de promotion gratuite pour Intermarché au détriment des autres acteurs économiques locaux ».

Le ministre de l’Education nationale Luc Chatel a « condamné fermement » mercredi l’initiative prise lundi par Intermarché d’inviter certains de ses salariés à « faire figuration » lors de sa visite d’un magasin de l’enseigne.

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Libération:

« Supercherie au supermarché »

Par MARWAN CHAHINE, LÉO RUIZ, Libération mercredi 19/08/2009

http://www.liberation.fr/politiques/0101585964-supercherie-au-supermarche

Le ministre de l’Education, venu dans un supermarché du Val-de-Marne vanter le blocage des prix des fournitures scolaires, y a croisé des «clientes» étonnamment complaisantes.

Qui a dit qu’on ne trouvait pas de clients dans un supermarché un lundi 17 août à 11 heures ? Pas Luc Chatel en tout cas. Lundi, le ministre de l’Education nationale, s’est rendu à l’Intermarché de Villeneuve-le-Roi (Val-de-Marne) afin de constater le maintien des prix sur les fournitures scolaires pour la rentrée. Interrogeant plusieurs clientes présentes sur place, il a eu l’heureuse surprise de rencontrer des personnes toutes au fait de l’opération des «essentiels de la rentrée» (1), et pour certaines ravies de la baisse des prix. Une coïncidence qui a surpris les journalistes présents, vite convaincus qu’il s’agit d’une mise en scène avec des militants ou sympathisants UMP. Une affaire révélée par France Inter hier matin.

Mère de famille.

Une demi-heure avant l’arrivée de Luc Chatel, l’Intermarché est presque vide. A 10 h 45, selon plusieurs témoins, une petite dizaine de femmes, type mère de famille idéale, débarquent ensemble dans le supermarché. Elles prennent des chariots mais se comportent de façon très étrange, selon une journaliste reporter d’images de France 3 : «Elles se saisissent de quelques affaires au rayon des fournitures scolaires, mais au lieu de continuer à faire leurs courses, elles restent là, à attendre en rang d’oignons.» La présence de ces clientes modèles est d’autant plus heureuse que quelques heures plus tôt, lorsqu’il contacte l’Intermarché de Villeneuve-le-Roi pour obtenir une autorisation de filmer, un journaliste télé se voit répondre «qu’il risque de ne pas y avoir grand monde».

Vers 11 h 30, Luc Chatel arrive en compagnie d’Hervé Novelli, secrétaire d’Etat au Commerce. Célia Quilleret, journaliste à France Info, décrit l’attitude de ses femmes, «plantées au rayon fournitures scolaires derrière le ministre». Le doute s’installe chez les journalistes, dont beaucoup refusent d’interviewer ces «étonnantes clientes» et font part de leur suspicion à l’attachée de presse de Luc Chatel. D’après les journalistes, la conseillère, «gênée et écarlate», dément catégoriquement que ces consommatrices aient été dépêchées, mais s’inquiète d’éventuelles retombées de l’affaire (2).

Rush.

Une des clientes se met alors «sur le chemin du ministre, de sorte qu’il ne puisse pas la louper», raconte Célia Quilleret qui, après s’être interrogée sur l’attitude à adopter, lui tend son micro. Son nom, Virginie Meyniel. Elle se présente comme une mère de famille qui ignore tout de la visite du ministre et profite de ses vacances pour anticiper le rush de la rentrée. A Luc Chatel qui lui demande : «Connaissez-vous « les essentiels de la rentrée » ?», elle répond par l’affirmative et s’enthousiasme «des prix intéressants et assez bas». En fait, Virginie Meyniel est conseillère municipale, chargée entre autres des affaires scolaires, à Vulaines-sur-Seine (Seine-et-Marne), dont le maire est proche de l’UMP. La ville où elle exerce son mandat est située à près de 50 km du supermarché de Villeneuve-le-Roi ! Des éléments qui font douter de son témoignage et renforcent l’hypothèse d’une scénographie. Le responsable marketing du magasin, joint par Libération, s’étonne de la polémique, et affirme que ces clientes sont des habituées. Puis lâche un étonnant : «Notre ministre n’a pas besoin de publicité !» Faut-il voir dans cette éventuelle supercherie une action zélée de militants UMP ou une initiative malheureuse du magasin ? Plusieurs journalistes ont vu les clientes modèles repartir sans achats, certaines, dans le même véhicule. Plus tard, des vendeuses rangeaient sans trop savoir pourquoi des fournitures scolaires laissées dans les paniers et chariots…

Luc Chatel n’est pas le premier responsable politique à être mêlé à ce genre de manoeuvres. Il y a un an, à Marseille, Nadine Morano, alors secrétaire d’Etat à la Famille, était tombée sur le client idéal dans un supermarché, en réalité un proche du député UMP du coin, Richard Maillé. En 2003, lors d’une opération prévention organisée par la Ligue contre la violence routière, des intermittents avaient été embauchés pour assister au discours de Nicolas Sarkozy. L’événement avait été présenté comme une manifestation volontaire de jeunes préoccupés par la sécurité routière. Et surtout, en 1990, Olivier Stirn, ministre du Tourisme du gouvernement Rocard, n’avait rien trouvé de mieux que de payer des figurants pour remplir la salle d’un colloque sur l’avenir de la gauche. Une duperie qui avait contraint le ministre à la démission.

(1) Une opération gouvernementale visant à bloquer les prix de certaines fournitures scolaires

(2) Joint par Libération, le cabinet de Luc Chatel n’a pas répondu.

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Sur le site du Nouvel Observateur:

Luc Chatel condamne l’initiative d’Intermarchéhttp://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/politique/20090819.OBS8161/luc_chatel_condamne_linitiative_dintermarche.html?idfx=RSS_notr&xtor=RSS-17

NOUVELOBS.COM | 19.08.2009
Le ministre de l’Education nationale Luc Chatel a « condamné fermement » l’initiative prise lundi par Intermarché d’inviter certains de ses salariés à « faire figuration » lors de sa visite d’un magasin de l’enseigne, dans des lettres mercredi 19 août à trois médias dont l’AFP a eu copie.
« J’ai pris acte des excuses d’Intermarché mais je tiens à vous indiquer que je condamne fermement ce procédé. Cette initiative me choque parce qu’elle est à l’opposé de mes convictions et de mes pratiques », a écrit Luc Chatel dans ces lettres aux directeurs de France Inter et de France Info et au président du directoire de Libération.
« Depuis ma nomination au gouvernement, j’ai effectué de très nombreux déplacements, notamment dans des grandes surfaces, et jamais je n’ai imaginé une mise en scène artificielle de nature à tromper le grand public ou la presse », a-t-il ajouté.

Excès de zèle? La direction d’Intermarché avait dit plus tôt mercredi dans un communiqué avoir pris l’initiative d’inviter « un certain nombre de salariés » lors de la visite lundi de Luc Chatel dans son magasin de Villeneuve-le-Roi (Val-de-Marne).
Auparavant, certains médias avaient laissé entendre que le ministre ou l’UMP avaient pu inviter des militants à cette visite ou en tout cas que des sympathisants UMP avaient fait de l’excès de zèle.
Dans ses trois lettres, Luc Chatel « regrette » que les médias en question aient « publié, diffusé ou relayé des ‘hypothèses’ et non des faits pourtant vérifiables ».

D’autres mises en scènes
Des mises en scène lors de déplacements ministériels, organisées par les services de communication pour illustrer les initiatives du gouvernement et fournir aux télévisions des images de dialogue entre les ministres et les citoyens, ont déjà été révélées par le passé.
Le centriste Olivier Stirn, ministre du Tourisme, avait été contraint à la démission du gouvernement de gauche de Michel Rocard en 1990 après qu’il a été découvert que des figurants avaient été rémunérés pour remplir la salle d’un colloque qu’il animait.
Il y a un an, Nadine Morano, secrétaire d’Etat à la Famille, en déplacement dans un supermarché marseillais pour la promotion de la nouvelle allocation de rentrée, était tombée sur le « client idéal ». En réalité, un proche du député UMP Richard Maillé.
Le 10 juin dernier, le Canard Enchaîné révélait que seuls les militants UMP étaient autorisés à saluer l’arrivée de Barack Obama à Caen, lors des cérémonies du débarquement du 6 juin.
(Nouvelobs.com, avec AFP et Reuters)——-

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Chatel « condamne fermement » le procédé d’Intermarché dans des lettres à trois médias

Le ministre de l’Education nationale Luc Chatel a « condamné fermement » mercredi l’initiative prise lundi par Intermarché d’inviter certains de ses salariés à « faire figuration » lors de sa visite d’un magasin de l’enseigne, dans des lettres à trois médias dont l’AFP a eu copie.

« J’ai pris acte des excuses d’Intermarché mais je tiens à vous indiquer que je condamne fermement ce procédé. Cette initiative me choque parce qu’elle est à l’opposé de mes convictions et de mes pratiques », a écrit M. Chatel dans ces lettres aux directeurs de France Inter et de France Info et au président du directoire de Libération.

« Depuis ma nomination au gouvernement, j’ai effectué de très nombreux déplacements, notamment dans des grandes surfaces, et jamais je n’ai imaginé une mise en scène artificielle de nature à tromper le grand public ou la presse », a-t-il ajouté.

La direction d’Intermarché avait affirmé plus tôt mercredi dans un communiqué avoir pris l’initiative d’inviter « un certain nombre de salariés » lors de la visite lundi de M. Chatel dans son magasin de Villeneuve-le-Roi (Val-de-Marne).

Auparavant, certains médias avaient laissé entendre que le ministre ou l’UMP avaient pu convier des militants à cette visite ou au moins que des sympathisants UMP avaient fait de l’excès de zèle.

Dans ses trois lettres, M. Chatel « regrette » que les médias en question aient « publié, diffusé ou relayé des +hypothèses+ et non des faits pourtant vérifiables ».

La lettre de M. Chatel « confirme tout ce qu’on a écrit », a réagi le directeur de Libération, Laurent Joffrin, en soulignant que le quotidien « n’avait pas écrit » que le ministère était à l’origine de cette « supercherie ».

Libération publiera jeudi un article sur l’affaire où la lettre du ministre sera « citée », a-t-il ajouté.

« Nous avons réécouté avec attention les reportages et nous estimons ne pas être allés au-delà de l’information dont nous disposions. Néanmoins, nous prenons acte des observations du ministre », a déclaré pour sa part François Desnoyers, directeur général délégué aux antennes de Radio France.

Intermarché a invité des « salariés » à assister à une visite de Luc Chatel
La direction d’Intermarché a affirmé mercredi avoir pris l’initiative d’inviter « un certain nombre de salariés » lors de la visite lundi du ministre de l’Education nationale Luc Chatel dans un de ses magasins du Val-de-Marne, après que des médias ont évoqué une mise en scène.

Accompagné du secrétaire d’Etat au Commerce Hervé Novelli, M. Chatel faisait ce jour-là la promotion de l’opération des « essentiels de la rentrée », des fournitures scolaires proposées à prix inchangé par rapport à 2008, résultat d’un accord entre le ministère de l’Education et des enseignes de distribution.

« A la suite des différents articles parus dans la presse », la direction d’Intermarché a tenu à affirmer « avoir pris l’initiative d’inviter un certain nombre de salariés à l’occasion de la venue des ministres dans l’un de ses magasins à Villeneuve-le-Roi » (Val-de-Marne).

Le communiqué ne précise pas si ces « salariés » travaillent pour Intermarché.

Des médias ont laissé entendre que l’UMP avait pu convier des militants à cette visite ou au moins que des sympathisants UMP avaient fait de l’excès de zèle.

« Cette initiative est le seul fait d’Intermarché et en aucun cas ni le ministre, ni ses collaborateurs n’y ont été associés ni même informés. Intermarché regrette cette initiative inappropriée et tient à présenter aux ministres et aux journalistes présents ses excuses », conclut le communiqué.

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Bonne surprise pour Luc Chatel, un supermarché plein d’UMPhttp://www.rue89.com/2009/08/18/bonne-surprise-pour-luc-chatel-un-supermarche-plein-dump

Par David Servenay | Rue89 | 18/08/2009
Quand Chatel se met à faire du Morano, ça donne une vraie-fausse scène de rentrée au supermarché. France Inter a levé le lièvre ce mardi en racontant la coulisse de la visite du ministre de l’Education nationale à l’Intermarché de Villeneuve-le-Roi (Val-de-Marne).

Un petit voyage de presse bien organisé par les équipes du porte-parole du gouvernement et de son homologue, Hervé Novelli, secrétaire d’Etat chargé du Commerce et de la Consommation. Avec force caméras et photographes, parés à faire la « belle image » de la rentrée dans les rayons (voir par exemple le sujet du JT de 13 heures de TF1).

Depuis deux ans, le gouvernement tente en effet d’imposer à la grande distribution un panier de fournitures à bas prix, pour les ménages les plus modestes.

Lundi 17 août, 11 heures, peu de mères de famille à l’horizon
Mais comme l’écrit l’Express, pas facile de tenir la « séquence » de la rentrée. Même si, depuis le début de l’été, Luc Chatel, promis au plus bel avenir en Sarkozie, n’a cessé d’intervenir sur tous les sujets d’actualité, souvent en tant que porte-parole du gouvernement.

Dans la version officielle, filmée par une caméra de son staff et postée sur Dailymotion, cela donne une version sage et rassurante de cette rentrée, dont le ministre de l’Education nous explique qu’elle est décidément moins chère que celle de 2008 (attention, la séquence dure plus de quatre minutes…). (Voir la vidéo)

Problème : un lundi 17 août, à 11 heures du matin, les supermarchés ne font pas le plein de mères de famille affairées à équiper leur progéniture. Comme le hasard fait bien les choses, le ministre tombe sur plusieurs d’entre elles… ravies de la baisse des prix constatée.

Seulement voilà, les mères de famille en question sont aussi élues et/ou sympathisantes de l’UMP locale. Et cela n’a pas échappé à la sagacité du reporter de France Inter… (Ecouter le son)

Il y a un an, à Marseille, Nadine Morano faisait la même chose

Cela ne vous rappelle rien ? Il y a tout juste un an, à la fin du mois d’août, la secrétaire d’Etat à la Famille, Nadine Morano, usait du même subterfuge pour vanter les mérites de la nouvelle allocation de rentrée scolaire (ARS), dont le montant varie désormais en fonction de la classe d’âge de l’élève. (Voir la vidéo)

De leur côté, les associations de parents d’élèves ont bien constaté une baisse du prix du panier de fournitures. Selon les Echos, la baisse atteindrait jusqu’à 8,7%. Mais Familles de France a aussi relevé que le panier « à bas prix » offre des articles à la qualité très relative : cartable en carton, post-it « recyclé »…etc. Et un mauvais point selon cette enquête : des prix en forte hausse (plus 24%) pour les fournitures vendues en ligne.

Les deux ministres auront sûrement un sujet de conversation pour la rentrée. Luc Chatel, lui, est déjà passé à autre chose ce mardi : un nouveau voyage de presse consacré à la grippe A. Avec de faux malades ?

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