avril-mai2009—un gouvernement étrange–exemple sur Lyon

Les mauvaises manières de l’Etat-patron à Lyon

http://www.libelyon.fr/info/2009/05/les-mauvaises-mani%C3%A8res-de-letatpatron-%C3%A0-lyon.html

ECONOMIE – Le mail est arrivé le 15 avril, à 9 heures. Jean-Louis Michel, patron d’une entreprise de travaux publics, devait signer à 10 h 30 à la préfecture du Rhône un document lançant un chantier de plus de 150 millions d’euros pour la construction du pôle régional de gendarmerie en Rhône-Alpes. Trois ans de travail, des dizaines de bâtiments, des centaines de logements, des commerces, des hangars. De 400 à 600 emplois étaient prévus pour réunir deux casernes et des centaines de gendarmes à Sathonay-Camp, dans la banlieue nord de Lyon. Précieux en plein plan de relance économique. Mais, à 9 heures, il a reçu un simple mail de la préfecture qui l’informait que la signature était ajournée. Puis on lui a dit que le projet était annulé, pour des raisons financières. Les entreprises en restent effondrées, et les élus locaux, de droite comme à gauche, atterrés. «Ce n’est pas une affaire de politique, dit Pierre Abadie, maire sans étiquette de Sathonay-Camp. Moi, je suis de sensibilité de droite, mais je ne peux pas accepter qu’on raye d’un trait de plume un projet sur lequel nous travaillions depuis six ans.»...

«Opérateur». Sathonay s’est construit autour d’un régiment d’infanterie, dissout voilà douze ans. La ville (4 300 habitants) s’est alors retrouvée avec la moitié de sa surface urbanisée en friche, 32 hectares en plein centreville. Un projet de prison a gelé les terrains durant deux ans, avant d’être abandonné. Puis, alors qu’une zone artisanale allait voir le jour, Nicolas Sarkozy, ministre de l’Intérieur, a demandé en septembre 2003 que l’on réserve ces terrains pour regrouper les casernes de gendarmerie de la région.

Les gendarmes ont opté pour une sorte de partenariat public-privé. Un groupement d’entreprises financerait la construction des bâtiments (156 millions d’euros) puis en assurerait la maintenance, contre un loyer annuel arrêté à 12 millions d’euros. L’Etat resterait propriétaire des terrains. Réuni autour de la firme GCC, un groupement de vingt-trois moyennes entreprises de la région lyonnaise a remporté l’appel d’offres, en octobre 2008. «Pour une fois qu’une opération importante échappait au lobby des majors, peut-être que l’opérateur sorti de la consultation n’est pas celui qui était souhaité ?», s’interroge Jean-Louis Michel, directeur régional de GCC. La communauté urbaine de Lyon a assaini les terrains, réalisé des avenues. Puis il y a eu ce mail. Depuis, tout le monde cherche à comprendre.

«J’ai rencontré Michèle Alliot-Marie, mais elle ne m’a fourni aucune explication, rapporte Gérard Collomb, président PS du Grand Lyon. Elle m’a seulement indiqué qu’il n’y a pas les crédits pour réaliser cela. Mais pourquoi s’en rendre compte maintenant ? C’est ahurissant !» D’autres élus notent que les deux autres projets importants de la gendarmerie nationale, en région parisienne, ont été maintenus. Philippe Cochet, député UMP, ne comprend pas plus «l’annonce très tardive» du retrait de l’Etat. Au cabinet de Michèle Alliot-Marie, on répond que la ministre attendait «des arbitrages rendus par Matignon», afin de connaître les prévisions de ressources de la gendarmerie à moyen terme. François-Noël Buffet, sénateur UMP, a alerté Patrick Devedjian, ministre chargé de la Mise en oeuvre du plan de relance. Il assure que le dossier «va faire l’objet d’une nouvelle analyse avant un arbitrage interministériel» . Le cabinet du ministre confirme que ce dernier est saisi, et que «rien n’est tranché pour l’instant».

« Rendez-vous ». Chez Michèle Alliot-Marie en revanche, on répète que l’affaire est pliée, et l’on met la responsabilité du «dysfonctionnement» sur le dos des gendarmes. Un proche collaborateur de la ministre affirme que MAM a «informé début avril le directeur général de la gendarmerie que le projet était abandonné». Au cours d’une réunion de cabinet, le 14 avril, il aurait ensuite été décidé de réaménager les casernes existantes, pour un coût estimé à 70 millions d’euros. «Nous avons appris à cette occasion, poursuit le proche collaborateur, qu’un rendez-vous restait prévu le lendemain entre les entreprises et le préfet. Nous avons demandé à ce dernier de l’annuler.» Les entreprises ne digèrent pas la légèreté de l’Etat. «Nous avons embauché trois personnes et laissé passer des appels d’offres importants pour les trois prochaines années. Comment allons-nous faire ?», demande Alexandre Regnier, architecte associé au projet. Le maire de SathonayCamp reste aussi sidéré que lui. «Lorsque j’ai été réélu, dit-il, nous avons fait une liste unique autour de ce projet. Comment vais-je faire devant mes électeurs ? Leur expliquer que j’ai eu confiance en mon gouvernement mais que j’ai été trompé ?»

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