André Santini le Club des parlementaires amateurs de havane

André Santini

André Santini construit sa réputation dans la salle des Quatre colonnes de l’Assemblée nationale où tous relèvent ses jeux de mots à destination tant de ses opposants que de ses camarades « à la corse »: il est plusieurs fois de suite élu par la presse « député le plus drôle ».

« Bon client » pour les médias qui l’invitent souvent, il publie souvent des ouvrages politiques. Il publie aussi un recueil de blagues corses.

En 1991, il crée le Club des parlementaires amateurs de havane, dont il est président à vie.

[Le Club des parlementaires amateurs de havane, créé en 1991 à l’initiative d’André Santini (UDF, Hauts-de-Seine), compte 120 membres, dont le président de l’Assemblée, Jean-Louis Debré, d’anciens députés devenus ministres comme Dominique Bussereau, Pascal Clément ou Henri Cuq. Ses adhérents, qui se recrutent aussi bien à droite qu’à gauche, se sont opposés à l’interdiction de fumer dans les lieux publics, puis à la tentative d’Yves Bur, député UMP du Bas-Rhin, d’interdire de fumer dans les lieux publics]

Les 13 et 14 octobre 2005, une délégation menée par Yves Bur, accompagné de son collègue Lionnel Luca (UMP, Alpes-Maritimes), de responsables de l’Institut national du cancer (INCa) et de quelques journalistes, se rend à Dublin, en Irlande, pour constater sur place les effets de l’interdiction totale de fumer. «J’avais invité 10 parlementaires à ce voyage. Lionnel Luca est le seul à être venu», précise Yves Bur. Les visiteurs ont pu constater que la loi irlandaise du 29 mars 2004 était effectivement appliquée dans les 15 000 pubs du pays, et acceptée par les consommateurs.

Quatre mois plus tard, les 9 et 10 février 2006, le député alsacien organise une deuxième tournée, cette fois à Rome, en Italie, où l’interdiction est entrée en vigueur au début de 2005. Outre Lionnel Luca, le député Francis Falala (UMP, Marne) est du voyage, ainsi que le sénateur Robert del Picchia, représentant les Français établis à l’étranger, et Bernard Quartier, président de la Fédération nationale des cafés, brasseries et discothèques (FNCBD), l’une des six branches de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (UMIH).

La presse a rendu compte de ces visites. Mais personne n’a évoqué leur financement. En fait, les frais de ces deux voyages ont été pris en charge par l’INCa et par la société GlaxoSmithKline (GSK). La branche «santé grand public» de cette multinationale européenne, n° 2 mondial du médicament, est particulièrement concernée par le sujet, puisqu’elle fabrique NiQuitin, un substitut nicotinique vendu sans ordonnance en pharmacie pour aider les fumeurs à laisser tomber la cigarette. «Nous sommes l’un des partenaires de l’INCa, qui fut à l’origine des deux voyages de M. Bur en Irlande et en Italie», reconnaît Vincent Cotard, président de GSK Santé grand public. Yves Bur n’en fait pas mystère lui non plus: «GSK a participé au financement. Cela n’a rien d’étonnant de la part d’un fabricant de substituts nicotiniques.»

L’autre grand producteur de produits de sevrage (sous la marque Nicorette), l’américain Pfizer, n° 1 mondial du médicament, n’a pas financé les voyages européens. Mais il a contribué, aux côtés de GSK, à la tenue du colloque «Tabagisme: propositions pour une loi rénovée», organisé par Yves Bur à l’Assemblée nationale le 2 novembre 2005, jour du dépôt de sa proposition de loi. Grégoire de La Roncière, PDG d’Agora Europe, qui s’est occupé de l’organisation matérielle de cette journée, précise: «Pfizer a contribué à hauteur de 30 000 euros et Glaxo de 20 000 euros. Des sommes très importantes pour un colloque parlementaire. A ce prix-là, c’est normal que les « partenaires » puissent s’exprimer. GSK a fait intervenir une tabacologue et Pfizer a parlé sur le thème du tabagisme dans l’entreprise.»

Cette question du financement de la «campagne» antitabac d’Yves Bur a donné lieu à un échange saignant avec le député Dominique Paillé (UMP, Deux-Sèvres), membre actif du Club des parlementaires amateurs de havane et clairement engagé dans le camp des protabac. Lors de la conférence de presse tenue le jour du colloque, Yves Bur s’est laissé aller à évoquer des liens présumés entre Dominique Paillé et l’industrie du tabac. «On n’entend pas directement l’industrie du tabac, qui fait parler d’autres gens à sa place. Elle a ses porte-voix. Demandez à mon collègue Paillé pour qui il parle.» Le sang du député des Deux-Sèvres n’a fait qu’un tour. «Je n’ai aucun lien avec l’industrie du tabac», s’est-il indigné. Il a aussitôt dicté une lettre, postée le 4 novembre 2005, dans laquelle il récusait les «affirmations totalement diffamatoires» d’Yves Bur: «Mon opposition à votre proposition est liée à l’idée que je me fais de notre société, que je souhaite tolérante et respectueuse des libertés individuelles.»

Les protestations des cigarettiers, des buralistes et des cafetiers ont été discrètement attisées par l’UMP. Au printemps 2006, René Le Pape [président de la Confédération des débitants de tabac] a entrepris un «tour de France» de ses 15 fédérations professionnelles. Il était suivi de près par le parti de Nicolas Sarkozy. Lors de l’étape marseillaise de la caravane au losange rouge, le 28 mars 2006, les députés UMP de la région ont été vivement incités à rencontrer les débitants.

«Afin de représenter au mieux notre mouvement, nous vous invitons à participer à cette manifestation», leur a écrit Elsa Hervy, chargée des relations avec les parlementaires à l’UMP. Cette permanente est par ailleurs l’assistante parlementaire à mi-temps du député UMP de Vaucluse Thierry Mariani, un sarkozyste hyperactif qui ne cache pas ses positions prodébitants.

Le 9 avril, lors d’un rassemblement de 350 buralistes de l’ouest de la France à Bressuire (Deux-Sèvres), le député de la circonscription, Dominique Paillé, est venu soutenir les vendeurs de tabac. La manifestation était organisée grâce au soutien financier des cigarettiers. Dans l’amphithéâtre neuf du Bocapôle, le député, très applaudi, a défendu «la liberté et la responsabilité» des fumeurs et des non-fumeurs. Il a invité les buralistes à faire preuve de «pugnacité» et à user de «tous les moyens politiques à leur portée» pour étayer leurs revendications. […] En parallèle, René Le Pape a rencontré le plus grand nombre d’élus possible: «J’ai organisé une dizaine de petits déjeuners, avec à chaque fois une quinzaine de députés. Les présidents départementaux ont fait de même.» Tout ce battage s’est conclu, le 25 avril 2006, par un «grand meeting de protestation» à la Maison de la mutualité, à Paris, au cours duquel des buralistes ont brandi des pancartes proclamant «CPE = cigarettes prohibées éternellement».

Invité d’honneur, André Santini. Devant 2 000 buralistes de toute la France, le député maire d’Issy-les-Moulineaux, président du Club des parlementaires amateurs de havane, a apporté son soutien aux débitants de tabac et vivement critiqué le projet d’interdiction de fumer dans les lieux publics.

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